La Marche pour l'égalité et contre le racisme 1983©A.Bizos

Farid L’Haoua est né en 1958 à Sétif. Il arrive en France, à Vienne (Isère), à l’âge de deux ans. Il grandit dans un climat social teinté de racisme, de violence contre les immigrés et développe, très jeune, un goût pour l'engagement collectif. Il participe très activement à la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983.

Le récit de Farid L’Haoua éclaire les moments d’effervescence des mouvements de l’immigration, cristallisés autour de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Il revient sur son parcours fait d’engagements multiples et propose une analyse de l'émergence, du déroulement et des suites de ces mouvements.

Biographie
Farid l’Haoua est né en 1958 à Sétif, en Algérie. Sa mère, son frère jumeau et lui-même arrivent en France en 1960 à l’occasion d’un rapprochement familial. Son père, ouvrier, travaille dans l’industrie de la soie. A leur arrivée, ils s’installent à Vienne, au Sud de Lyon. Ils vivent d’abord dans un garni, puis dans un bidonville. Quelques années plus tard, suite à un incendie, ils sont logés dans les premiers HLM de Vienne, dans le quartier d’Estressin.
Farid n’a pas de souvenirs précis de la guerre d’indépendance algérienne. Vienne est une petite ville et sa famille le protège de cet événement. Pourtant, c’est l’effacement de son père, sa résignation face au mépris et au racisme qui, dès son enfance, le pousse à s’engager.
Dès son entrée au collège, à Saint-Romain-en-Gal, Farid fait l’expérience du racisme. Dans le quartier où il vit, le racisme, le manque d’infrastructures, les violences policières sont de mise.
Dès son adolescence, il s’engage pour tenter de lutter contre ce qu’il considère être des injustices. Il est délégué de classe et il entre, par l’intermédiaire d’amis arméniens, dans le mouvement de Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Puis, à 16 ans, il devient animateur au centre social de son quartier qui vient d’ouvrir. Parallèlement, il continue sa scolarité en lycée professionnel.
Au moment où il postule pour un travail d’animateur, il se rend au consulat algérien pour faire établir des papiers d’identité et se retrouve contraint de partir en Algérie pendant deux ans pour faire son service militaire. Là-bas, il découvre aussi le racisme, la violence de l’armée et l’effervescence des mouvements étudiants et intellectuels arabes.
De retour en France en 1980, il passe le diplôme d’animateur, milite à la FASTI (Fédération des associations de solidarité avec tout.e.s les immigré.e.s) et connecte le réseau associatif des banlieues lyonnaises. Il rencontre Christian Delorme, prêtre à Saint-Fons, en charge de la cité des Minguettes, découvre la CIMADE et rejoint le collectif Zaâma d’banlieue qui donnera naissance au mouvement des JALB (Jeunes Arabes Lyon et Banlieues). Le début des années 1980 est marqué par des violences policières et des émeutes dans les banlieues lyonnaises ainsi que par une montée en puissance des revendications et des associations avec la volonté de mettre en place des cadres associatifs pour construire une parole politique collective des immigré.e.s. Les jeunes de Vénissieux créent l’association SOS Avenir Minguettes, ils sont en relation avec Christian Delorme et le pasteur Jean Costil de la CIMADE.  Ces deux hommes sont fortement engagés auprès des mouvements de l’immigration. En 1981, ils ont effectué une grève de la faim pour s’opposer à l’expulsion de jeunes immigrés accusés d’être des délinquants.
C’est dans ce contexte que naît la Marche pour l’égalité et le racisme. Le 20 juin 1983, Toumi Djaidja, président de l’association SOS Avenir Minguettes, est grièvement blessé par balle par un maître-chien policier. La colère gronde, mais l’idée d’une marche non-violente portée par Christian Delorme s’impose. Elle débute avec quelques marcheur.e.s et le soutien des réseaux chrétiens.
Farid L’Haoua rejoint la marche à Valence pour faire un reportage photo pour la FASTI. Enthousiasmé par le projet, il décide de continuer. Au fil du chemin, les marcheurs ressentent le besoin de s’organiser pour éviter les récupérations politiques et l’instrumentalisation. Farid devient alors porte-parole de la Marche. Il poursuit la route tout en préparant les étapes à venir, notamment l’étape finale à Paris.
La marche est aussi un moment de rencontres, de débats et de discussions importantes au sein du groupe de ces jeunes Français originaires, pour une grande partie, d’Algérie et du Maghreb. La question de l’égalité entre les hommes et les femmes, la question des parents et de l’histoire familiale sont abordées. Un des marcheurs suscite l’intérêt et l’empathie, en racontant le parcours de son père, soldat supplétif algérien et en révélant l’existence des camps du FLN.
Après la Marche, Farid fait partie du groupe qui tente de poursuivre le mouvement, en organisant les Assises Nationales de l’Immigration à Vaulx-en-Velin en juin 1984. Pourtant, cet événement échoue à rassembler. Deux autres marches sont organisées mais l’heure est aux divisions. Parallèlement, l’association SOS Racisme, créée dans la mouvance du parti socialiste, vient occuper le devant de la scène, avec d’importantes campagnes de communication et l’organisation d’événements culturels.
Farid est finalement sollicité pour participer au Conseil National des Populations Immigrées. Il accepte le poste après avoir consulté ses camarades et l’occupera pendant deux ans.
De retour à Lyon, il poursuit ses actions dans le monde associatif et dirige actuellement, en 2018, une ludothèque dans le premier arrondissement de Lyon.
Archives
Entretien Farid L'Haoua

Antenne 2 Midi – 22 décembre 1983 Interview de Farid L’HAOUA, il parle des résultats psychologiques et concrets de la marche, des jeunes immigrés tués victimes du racisme et du rôle de la France.
Voir l’archive en ligne sur le site de l’INA :http://www.ina.fr/video/CAB8301845401

Image AFP

Farid L’Haoua à gauche. Georgina Dufoix, secrétaire d’Etat à la famille, et Toumi Djaidja au centre. Strasbourg, le 20 novembre 1983. Marcel Mochet/AFP

Affiche de la marche contre l'égalité et le racisme