Juifs et Juives en Algérie

La présence des juifs en Algérie est bimillénaire, leur présence y est attestée dès la période romaine et probablement avant. A la fin du VIIe siècle, la conquête arabe du territoire leur donne le statut de dhimmi (statut discriminatoire conféré à des juifs ou des chrétiens dans un État musulman en échange d’une protection) qui sera aboli dès la conquête française en 1830. D’autres juifs arrivent au XVe siècle chassés d’Espagne par la reconquête catholique. En 1870, le décret Crémieux leur permet de devenir Français. Il s’agit d’une communauté essentiellement urbaine. En 1954, ils sont Français depuis trois générations. Leur assimilation républicaine est bien réelle même s’ils sont marqués par l’abolition du décret Crémieux en octobre 1940 (rétabli relativement tardivement en 1943).
Au début de la guerre d’indépendance, les organisations communautaires font preuve de prudence. Elles refusent de prendre parti, comme par exemple en 1956 lorsque le FLN lance un « appel aux juifs ». Cependant, certains rejoignent le combat des indépendantistes : Henri Alleg et Daniel Timsit sont parmi les plus connus. D’autres rejoignent l’OAS. A l’été 1962, la très grande majorité des juifs d’Algérie (120 000) choisit de s’exiler en France. Environ 10 000 restent en Algérie, les derniers quittent le pays dans les années 1990 ; aujourd’hui, ils ne sont plus qu’environ trois cents. Cela signifie la fin de tout un pan de l’histoire de l’Algérie commencée bien avant la conquête arabe.

Récit en écoute: Simon Bitoun

Biblio :
Lucette Valensi, Juifs et musulmans en Algérie, Paris, Tallandier, 2006.
Benjamin Stora, Les trois exils juifs d’Algérie, Paris, Stock, 2006.
Sous la direction d’Antoine Germa, Benjamin Lellouch et Evelyne Patlagean, Les juifs dans l’Histoire, Editions Champ Vallon, 2011.
Pierre-Jean Le Foll-Luciani, Les juifs algériens dans la lutte anticoloniale. Trajectoires dissidentes (1934-1965), Presses universitaires de Rennes, 2015.