Actions des nationalistes algériens et répression à Lyon

La virulence des répressions policière et judiciaire répond à l’activité croissante des nationalistes algériens sur le sol métropolitain. A Lyon, la brigade nord-africaine, dirigée par le commissaire Chaboud, la DST, les RG multiplient les opérations. Arrestations, rafles se succèdent dans les garnis et les foyers. Elles sont suivies dans un premier temps d’expulsions collectives vers l’Algérie, de déferrements pour « atteinte à la sûreté du territoire » ou « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Ce sont ainsi des centaines d’affaires algériennes que doit juger le tribunal correctionnel de Lyon au point que les magistrats se plaignent d’engorgement. Il en est de même dans les prisons : 600 détenus FLN s’entassent à la prison Saint-Paul en 1958.
A la fin de l’été 1958, la fédération de France du FLN ouvre un « second front » ; aux violences inter-algériennes s'ajoutent des attentats contre les forces de l’ordre. A Lyon, en septembre, plusieurs postes de police sont attaqués par les groupes de choc. Des policiers et passant.es sont blessés.es. Le sous-brigadier Sudon est tué. Le préfet du Rhône, Roger Ricard et le directeur de la Sûreté Nationale, Jean Verdier, assistent aux obsèques. Ce dernier déclare : « Face à ceux qui ont fait le serment de porter la guerre en France, face à ces infâmes terroristes, j'invite, j'ordonne aux fonctionnaires de la police de ne faire preuve d'aucune pitié, d'aucune indulgence... Des mesures strictes de répression seront encore accentuées allant jusqu'aux méthodes de guerre »
Dès le 25 septembre, un couvre-feu est recommandé aux Nord-africain.es de l’agglomération lyonnaise.
Au début du mois d’octobre, deux ordonnances viennent renforcer la répression en métropole. L’une élargit les possibilités d’internement administratif des nationalistes algériens arrêtés. Les suspects peuvent être enfermés pour une durée indéterminée, sans jugement. L’autre permet aux tribunaux militaires (TPFA) de se saisir des dossiers impliquant des nationalistes algériens. Le pouvoir espère ainsi obtenir des jugements plus sévères que ceux prononcés par des juges civils supposés plus laxistes ou plus intimidés. C’est ce tribunal qui prononce plus d’une centaine de condamnations à mort ; onze prisonniers sont exécutés dans la cour de la prison Montluc entre 1959 et 1961.
montluc
Récits en écoute : Saad et Djamila TroudiAbdelhamid et Hadria Gharib Saad AbsisRahim Rézigat - Georgette Saït
Actions nationalistes
Bibliographie :
Emmanuel BLANCHARD, La police parisienne et les Algériens, 1944-1962, 2011, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2011.
Paul-Marie ATGER et Arthur GROSJEAN, Les nationalismes algériens à Lyon et leur répression. in B. Dubell, A. Grosjean, M. Thivend (s.d.), Récits d’engagement. Des Lyonnais auprès des Algériens en guerre, Saint-Denis, Bouchène, 2012.