Georgette et Abdelkader Saït après la guerre – Archives privées Saït

Georgette Saït est née en 1929 et grandit dans un milieu ouvrier, communiste et anticolonialiste. Dans les années 1950, elle milite à la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) et à l'ACO (l'Action catholique ouvrière). Elle vit rue Paul Bert, au cœur du « Lyon algérien ». C’est là qu’elle rencontre Abdelkader Saït, celui qui devient son mari en 1955. Elle épouse aussi la cause de l'indépendance algérienne et s'engage à ses côtés dans l'action politique clandestine.

C'est le récit rare d'une femme discrète et militante dans l'âme qui a vécu dans ce statut particulier de Française épouse de militant algérien pendant la guerre d'indépendance. Elle n'est pas un cas isolé, de nombreux militants FLN de lyon avaient des femmes françaises qui les soutenaient dans leur lutte, ce qui était à cette époque proprement scandaleux.

Biographie
Georgette Saït née Berne est née en 1929, d’un père ouvrier et d’une mère au foyer. Son père, communiste militant, a activement pris position lors des grèves de 1936. Licencié, il a mis deux ans à retrouver du travail, ce qui l’a marqué. C’est également de ses parents qu’elle doit sa forte sensibilité politique, et ses positions anticolonialistes, les discussions à ce sujet étant très libres.
Chrétienne, Georgette Berne commence à militer à la JOC (Jeunesse Ouvrière Catholique), puis à l’ACO (Action catholique ouvrière), avant de rejoindre l’UGS (Union de la Gauche Socialiste). Jeune adulte, elle habite avec ses parents rue Paul Bert, qu’elle décrit comme un quartier cosmopolite. C’est là, qu’elle rencontre Abdelkader Saït, celui qui deviendra son mari en 1955.
Algérien arrivé en France en 1950, à l’âge de vingt ans, ce dernier commence à militer au MNA, avant de rejoindre les rangs du FLN en 1954. Il monte rapidement en responsabilité au sein de l’organisation clandestine, ayant en charge la région lyonnaise, mais aussi Saint-Etienne et Grenoble.
Georgette Saït accompagne son mari lors de ses « tournées » dans les bidonvilles, où elle tente de convaincre les Algérien.nes de se mettre en contact avec diverses associations pouvant leur procurer de la nourriture et un toit. Elle renforce ainsi une aide sociale déjà prodiguée par des mouvements catholiques. Elle renforce également son soutien à la cause algérienne, assistant aux réunions clandestines, accueillant les militant.es, participant à la collecte des fonds et, exceptionnellement, cachant ou transportant une arme.
Son mari est arrêté en 1958-1959, alors qu’il revient de Grenoble en moto. Georgette Saït, qui a eu le temps de sauter de moto avant l’arrestation, retourne chez elle où elle est mise au courant du déroulement de l’opération policière. Le lendemain, elle se rend rue Vauban, au siège de la police judiciaire, où on ne lui permet pas de rencontrer son mari. Il y reste trois jours et est torturé à plusieurs reprises, avant d’être envoyé à Montluc. Après trois mois de prison, il est transféré au camp du Larzac, où il reste 28 mois. Après l’arrestation de son mari, elle subit de nombreuses perquisitions policières, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.
Pour elle, les conditions de vie et de travail déjà difficiles, à cause du racisme ambiant et des remarques agressives, empirent. Elle quitte son emploi aux PTT (Postes et télécommunications) en 1960, où elle travaillait depuis 1953. Elle rejoint alors le groupe OTL (futur TCL). Elle est chauffeuse de bus pendant plus de vingt ans. Elles sont alors 3 chauffeuses sur une équipe de 350.
A sa libération, début 1962, Abdelkader Saït est interdit de séjour dans le département du Rhône. Il s’installe donc à Paris ; sa femme refuse de quitter son emploi et demeure à Lyon. Elle est engagée au niveau syndical : d’abord au sein de la CGT, puis au sein de la CFDT, section qu’elle crée elle-même et dont elle prend la responsabilité. Très active au moment de Mai 68, son action se concentre sur le monde du travail et les revendications communes à tous/toutes les grévistes.
A l’indépendance, son mari la rejoint à Lyon. Il reçoit une pension d’ancien combattant (moujahidin), mais pas elle, ce qu’elle trouve normal : elle n’a fait qu’aider son mari dans une lutte qui était la sienne. Son mari étant très malade, ils partent vivre en Algérie, à Kherrata, en 1981. Ils y restent 5 ans, avant de rentrer en France pour que son mari, atteint d’une maladie professionnelle handicapante (silicose) puisse recevoir des soins plus appropriés.
Archives
Photos de famille
Georgette Abdelkader Saït, juste après la guerre
Georgette Saït avec sa belle-mère